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l’informatique au service de l’inclusion des TED : inclusion scolaire

Comment l’informatique et les TIC peuvent-elles participer à l’inclusion scolaire, et à l’inclusion tout court, des personnes avec autisme dans la société et à l’école ?

Troisième article partie de la série sur l’informatique au service de l’inclusion des TED.

Découvrez dans cet article, les témoignages de familles dont le jeune avec autisme est en inclusion scolaire.


première partie : définitions 

seconde partie : en milieu protégé

troisième partie : témoignages, en inclusion scolaire

quatrième partie : en conclusion


 

témoignages : En inclusion scolaire

les noms et prénoms ont été modifiés, et les témoignages anonymisés pour protéger les familles et les personnes TED qui ont accepté de témoigner (à l’exception du premier témoignage).

Le témoignage de Guy Coslado, père de Ianis, 11 ans

M. Guy Coslado est le père de Ianis, 11 ans, diagnostiqué à 4 ans Autiste Kanner (autisme typique), non verbal (non construction de phrases). Ianis est aujourd’hui [2013] scolarisé en milieu ordinaire avec son AVS, en primaire, après deux ans en Classe pour L’Inclusion Scolaire (CLIS TED) pour le CP. Auparavant, il est allé à la maternelle à mi-temps.

M. Coslado est auteur de logiciel et spécialiste des technologies linguistiques et sémantiques. Il est, par ailleurs, détenteur d’un master d’intelligence économique et de communication stratégique. Il anime l’excellent site referentiel-autisme.fr

Le parcours de Ianis est exemplaire, et très documenté grâce au travail de son père. Avec Ianis, tous les supports sont utilisés : iPad, ordinateur portable, smartphone, console de jeux nintendo DS…

Dès la CLIS, M. Coslado a commencé à utiliser avec Ianis des outils informatiques : lors de la sortie de l’iPod touch (un iPhone sans fonction téléphone, sortie en 2007), il s’en est équipé afin de remplacer les lourds classeurs à pictogrammes PECS permettant la communication. Et malheureusement, l’utilisation de cet iPod s’est vu interdire en classe : Ianis a du arrêter de l’utiliser, pour éviter d’avoir deux usages du PECS différents, et pour ne pas entrer en confrontation frontale avec l’équipe de la CLIS.

Il fait état de très fortes résistances, même pour l’introduction d’un logiciel d’apprentissage de la lecture : il explique que « la réaction technophobique n’est pas à négliger même si pour les jeunes générations elle est difficile à concevoir » et que « l’usage d’outils externes est souvent vu comme une intrusion, une peur d’être dépassé avec un outil que l’enfant manipule avec plus d’aisance » que les professionnels encadrants.

« Pour la phase d’apprentissage, la règle importante et contre-intuitive est que la qualité d’un outil d’adaptation pour l’autisme se mesure à la vitesse à laquelle l’enfant n’en a plus besoin »

Il faut distinguer les outils d’acquisition de compétences, des outils d’aide spécifique au handicap, utilisés à vie.

regarder un film iPadPour que l’inclusion scolaire de son fils se passe bien et pour éviter les doublons, il a mis en place un groupware (logiciel libre eGroupWare) pour partager des documents (réalisés sous OpenOffice et Paint). Il a ainsi pu concevoir des planches de pictogrammes permettant à Ianis d’acquérir la lecture, adjointes à un logiciel de synthèse vocale : ces planches sont partagées en ligne avec l’équipe éducative. La plupart des ressources (pictogrammes, photographies…) sont disponibles librement sur le web.

Des usages spontanés se sont aussi développés : « ainsi Ianis nous a surpris quand nous avons découvert qu’il apprenait l’anglais en se repassant en VO des films qu’il avait vu étant petit (en français) et dont il connait le texte par cœur »

« Pour Ianis, il était clairement visible qu’à un moment en classe ordinaire il voulait « faire comme les autres » et finissait par refuser l’adaptation pour avoir les mêmes supports que les autres enfants.

Les adaptations numériques doivent être conçues comme demi-marche dans l’escalier des apprentissages et non comme béquille à vie. Après avoir utilisé la demi-marche pour accéder à la marche supérieure de l’apprentissage, l’enfant n’a plus besoin de la demie-marche.

Grâce à l’émulation entre pairs, le milieu ordinaire aide donc clairement les enfants à se débarrasser rapidement des béquilles temporaires que sont les « adaptations demi-marche » ».

M. Coslado souligne aussi l’importance des grands classiques de l’internet : google, YouTube… et que la sérendipité est une chance pour les apprentissages.

Benjamin, 10 ans, en CM1

Mme A., mère de Benjamin, 10 ans, en CM1, Autiste de Haut Niveau, nous explique que son fils vient de commencer à utiliser une tablette, à l’école. Benjamin est assisté par une AVS.

Proposé par sa professeure des écoles et par son ergothérapeute, Benjamin utilise aujourd’hui sa tablette pour apprendre à utiliser le clavier (ndr : c’est nécessairement une étape obligée) avec l’application Tap’Touche Garfield, éditée par Druide (ils éditent aussi l’excellent correcteur Antidote).

perfectionnement professionnel_1Pour que la tablette puisse le suivre à l’école, il a fallu tout d’abord demander cette adaptation dans son Projet personnalisé de Scolarisation (PPS), défini par l’équipe pluridisciplinaire de la MPDH (qui comprend un personnel de l’EN). Après, la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) prend la décision de valider le PPS, et notifie les parents (j’ai du mal à suivre, et vous ?). Enfin, il faut informer l’équipe éducative et l’Inspection Académique de l’Education Nationale. Cette dernière a d’abord refusé que Benjamin puisse apporter sa tablette à l’école, prétextant des problèmes d’assurances (vol, casse…) : elle estimait la tablette peu pratique et fragile. Mme F. explique qu’il y a eu de nombreuses réticences pour que le PPS soit réellement appliqué.

C’est fin novembre (deux mois et demi après la rentrée), que Benjamin a pu commencer à utiliser la tablette, avec son AVS, à hauteur de deux fois par semaine, pour les cours de français. Par ailleurs, deux fois par semaine, il apprend, cette fois avec l’ergothérapeute, l’utilisation du clavier. Compte tenu du récent usage de la tablette, Mme F. n’a pas encore de retours positifs ou négatifs de l’institutrice, au moment de la rédaction de ce dossier. Néanmoins, Benjamin est content d’avoir sa tablette, il s’y est très vite adapté et la maîtrise efficacement.

Jules, 12 ans, en 5ème

Jules a 12 ans. Il est diagnostiqué à 8 ans, Autiste Asperger. Il suit une scolarité en milieu ouvert, en classe de 5e « DYS » (l’ensemble des élèves ont des difficultés d’apprentissage), après une excellente année en 6e « classique ». Il est accompagné par une AVS 12 h par semaine. Quatre autres élèves de sa classe ont aussi une AVS, mais il est le seul à utiliser un ordinateur.

se sentir bien dans le groupeIl utilise un ordinateur portable depuis plus d’un an : « Il a commencé par le français et en fin d’année, puisque cela allait bien, il l’a utilisé en histoire. Depuis la rentrée il s’en sert en math, et en SVT depuis la Toussaint. Après chaque « petites vacances », on met une matière supplémentaire, et normalement, en juin il ne devrait plus avoir besoin de suivre de cours d’ergothérapie » et utiliser le portable pour tous les cours.

L’utilisation d’un ordinateur a été préconisée par sa pédopsychiatre référente, alors qu’il était encore en CE1. La MPDH a donné son accord, mais il a fallu attendre plus de six mois pour que la mise en place puisse se faire (l’ergothérapeute ne pouvait commencer son travail sans cet accord). D’abord un travail de graphie, et ensuite un apprentissage sur deux ans pour que Jules maitrise assez l’ordinateur (personnel) et puisse l’utiliser à l’école : il n’a pu le faire qu’en rentrant en 6ème. Si Jules n’avait pas réussi à maîtriser le clavier, il était prévu qu’il utilise le logiciel de dictée vocale Nuance Dragon NaturallySpeaking.

Le matériel est prêté par l’Inspection Académique (IA) : un technicien dans le collège prépare la machine, la répare, la met à jour régulièrement. L’Education Nationale (l’IA) n’a pas été réticente, et cela rentre dans son PPS. Seule réserve : « un conseil de continuer à le faire écrire à la main, sinon il perdra l’habitude d’écrire. Or l’ordinateur n’est pas utilisable en toute circonstance, même si cela lui facilite la vie ». En primaire, l’enseignante référente était très motivée ; mais au collège, au départ le référent était plus réticent : néanmoins, compte tenu des retours très positifs des enseignants, celui-ci est désormais beaucoup plus ouvert. Il demande même des aménagements supplémentaires : vidéo-projection, partage d’écran par le réseau, contrôles rendus par clé USB…

« un conseil de continuer à le faire écrire à la main, sinon il perdra l’habitude d’écrire. Or l’ordinateur n’est pas utilisable en toute circonstance, même si cela lui facilite la vie »

Au quotidien, Jules utilise OpenOffice. Les corrections orthographiques et grammaticales sont assurées par le correcteur intégré (ndr : ça ne marche pas… bien). L’ergothérapeute lui a installé un agenda pour la gestion du temps, Tap’Touche Garfield pour l’apprentissage du clavier. Les enseignants lui remettent les cours et les devoirs sur une clé USB : il n’a qu’à remplir le document avec ses réponses. Concernant les schémas, expériences ou travaux pratiques, Jules utilise un cahier comme les autres élèves. Jules peut se connecter à l’Espace Numérique de Travail (ENT) de son collège pour récupérer des supports de cours édités par ses professeurs (dont des leçons d’orthographe pour dyslexiques).

Mme K., la mère de Jules relate : « Il y a trouvé très vite un intérêt et une facilité d’utilisation, car pour lui écrire et écouter en même temps lui demande beaucoup d’efforts. Il se concentrait sur son écriture jusqu’à la perfection des lettres au lieu de faire les exercices au plus vite.

Son AVS est là pour l’aider à quitter l’écran des yeux et lui rappeler de regarder aussi le cours au tableau, ou lors de projections. Elle l’aide aussi à le faire avancer dans un devoir quand il bloque sur une réponse et perd du temps en essayant de trouver la réponse. Maintenant il cherche par lui même à améliorer ses présentations de cours, ses diaporamas (…)

Les autres élèves étaient un peu surpris au début, car c’est le seul de sa classe à en avoir l’usage, même si quatre autres enfants ont une AVS dans sa classe. Mais très vite cela est devenu naturel, et au contraire ils trouvent qu’il est courageux. Quand il était en primaire, l’instit avait demandé à un élève de l’aider dans son travail, mais souvent il préférait se débrouiller seul voulant faire comme les autres (cela est très important pour lui). (…)

Cela lui est bénéfique pour son travail personnel et son avancée, car il écrit quand même à présent deux fois plus vite qu’à la main. Il peut s’en servir en classe, mais aussi dans son collège. Il a la chance de pouvoir bénéficier d’une petite salle à côté du bureau du conseiller principal d’éducation (CPE) et ainsi faire ses devoirs au calme. Et avec sa clé USB, il peut aller faire imprimer ses documents au Centre de Documentation et d’Information (CDI), récupérer les exercices, présenter sa candidature pour les élections de délégués… Cela l’intègre différemment, surtout au niveau des adultes.

Alors que l’an dernier il dessinait beaucoup en classe pour se relaxer pendant que son AVS lui prenait ses cours (c’était une idée de sa prof principale). »

« Il y a trouvé très vite un intérêt et une facilité d’utilisation, car pour lui écrire et écouter en même temps lui demande beaucoup d’efforts. Il se concentrait sur son écriture jusqu’à la perfection des lettres au lieu de faire les exercices au plus vite. »

Pierre, 14 ans, en 4ème

Mme L., mère de Pierre, 14 ans, Autiste Asperger nous relate rapidement son histoire. Il utilise depuis le CE2 un ordinateur portable à l’école. Pierre a de grosses difficultés en graphisme, et profite d’un suivi en ergothérapie.

jeter des jouets de l'escalier_2Depuis le CE2, et jusqu’à cette année, Pierre profitait de matériels en prêt. Mme L. a demandé le financement d’un MacBook, qui a été accepté, par la MDPH dont elle dépend. Elle a du avancer l’argent (environs 1200 euros), qui lui ont été remboursés.

Pierre utilise OpenOffice au quotidien. Il écrit avec le traitement de texte, et utilise le tableur pour réaliser des graphiques. Pour les mathématiques et l’algèbre, il utilise le logiciel Epsilonwriter. Elle ajoute qu’elle a insisté pour qu’il utilise les instruments « classiques » pour la géométrie, et ainsi développer sa motricité fine.

« J’espère ne pas avoir à lui en racheter un, car je ne me vois pas demander à la MDPH un autre financement ».

Une partie des personnes avec autisme présentent des troubles problématiques du comportement : elle m’explique que Pierre crache ou mord régulièrement l’ordinateur portable, et a déjà fracassé une tablette tactile onéreuse contre un mur, lors d’une crise.
Elle écrit : « J‘espère ne pas avoir à lui en racheter un, car je ne me vois pas demander à la MDPH un autre financement ».

Ce témoignage souligne l’importance d’un matériel solide pour une utilisation au long-cours (et que l’usage de coques de protection n’est pas inutile).

Johann, 22 ans, étudiant

Johann, 22 ans, diagnostiqué Autiste Asperger, peut suivre des cours grâce à un Plan d’Accompagnement de l’Elève Handicapé (PAEH), rédigé avec le service handicap de son université. Les aménagements dont il bénéficie sont un tiers temps pour les examens et travaux, et l’utilisation d’un ordinateur (autant en cours qu’aux examens).

Johann explique que sans l’utilisation d’un ordinateur portable, il n’aurait en aucun cas pu passer de long examens écrits, même en bénéficiant d’un tiers temps.

Il est courant dans l’autisme que les individus aient des problèmes de motricité fine, ainsi que des troubles de l’attention, et peuvent aussi souffrir de dyslexie, dysorthographie, ou de dysgraphie. L’accès au sens, à la mémoire sémantique, et la capacité à rédiger un texte construit, peuvent être en grande difficulté.

Johann a obtenu ces aménagements après la présentation d’un certificat médical d’un médecin spécialiste en autisme, du bilan d’une ergothérapeute, l’évaluation par les médecins du Centre de Santé de son université, et la préparation d’un PAEH. La MDPH a été informée des aménagements : la situation administrative est différente à l’université, celle-ci étant indépendante de l’Education Nationale.

connexion pour ordinateur portableAu quotidien, Johann utilise un ordinateur portable (personnel) équipé de traitements de texte (LibreOffice, Pages, Word), d’un logiciel de prise de note (evernote, qui intègre un sous-programme de prédiction de mots), et du logiciel Antidote.

Johann explique que sans l’utilisation d’un ordinateur portable, il n’aurait en aucun cas pu passer de long examens écrits, même en bénéficiant d’un tiers temps

Pour les examens, un ordinateur, au disque dur préalablement vidé, est fourni par l’université. Johann signale la vétusté du matériel fourni, et l’absence d’un traitement de texte à jour (très vieille version de microsoft word), et de logiciel « d’aide à l’écriture » (seul le correcteur intégré à word était actif). Il a même eu la joie de voir windows XP se mettre à jour, de force, puis l’ordinateur redémarrer, durant un de ses examens !

A coté de cela, il utilise son smartphone, équipé de l’application çaTED (liste de tâches et planning visuel, en pictogrammes), et du logiciel iCal pour gérer le temps et les différentes tâches à accomplir au quotidien.

Dans le cas de Johann, sans l’utilisation d’un ordinateur, il ne lui aurait pas été possible de suivre une scolarité, et d’intégrer une université. Durant ses années au collège en milieu ordinaire, Johann pouvait rendre ses devoirs de maison rédigés avec l’ordinateur, puis imprimés. A l’époque le coût d’un ordinateur portable et le peu de possibilités qu’ils offraient ne permettaient pas une utilisation directement en classe.

Il explique, au-delà des méandres administratifs, avoir dû se justifier à l’université : certains professeurs ont imaginé que l’usage d’un ordinateur aux examens était un « avantage », que cela pouvait générer jalousies de la part des autres élèves, et réticences de la part de l’équipe éducative. Il s’agit pourtant d’outils de compensation du handicap.

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